Politique touristique
«Nachtsprung Zürich 2040» (saut de nuit Zurich 2040) : une vision pour les voyages de demain
Les trains de nuit connaissent un regain d’intérêt dans toute l’Europe. Ils permettent de voyager sur de longues distances tout en respectant l’environnement et relient les villes sans qu’il soit nécessaire de prendre l’avion. Il subsiste toutefois un important potentiel inexploité. L’étude «Nachtsprung Zürich 2040» tente de se projeter dans l’avenir et décrit comment la Suisse, en prenant les bonnes orientations, pourrait se positionner comme un hub européen pour les liaisons de nuit.

En 2040, une journaliste brésilienne parcourt l’Europe pour un reportage. L’un des thèmes centraux de son article : le réseau très étendu de bus et de trains de nuit qui s’est développé sur le continent au cours des 14 dernières années. À travers ce scénario fictif, l’étude réalisée par Zürich Tourismus et le service de la protection de l’environnement et de la santé de la ville de Zurich (UGZ) met en évidence les potentiels existant dans le domaine des trains de nuit et qui pourraient être concrétisés d’ici quelques années. «Cette étude vise avant tout à ouvrir un dialogue sur la mobilité de demain. En effet, étant donné la croissance prévue des flux de client-e-s, des questions se posent non seulement sur le plan écologique, mais aussi, de plus en plus, sur les capacités et l’accessibilité future des destinations», déclare Thomas Wüthrich, directeur de Zürich Tourismus, pour expliquer les raisons qui ont motivé cette étude. Une croissance de 40% des arrivées internationales en Europe est attendue d’ici à 2035.
Zurich comme hub européen
Dans ce contexte, l’étude examine le potentiel de Zurich en tant que hub pour des liaisons ferroviaires et routières de nuit au sein de l’Europe. Grâce à sa situation centrale en Europe, la ville sur la Limmat pourrait jouer un rôle de hub notable et relier entre elles différentes destinations européennes. Le scénario d’avenir étudié dans cette étude se concentrait sur des distances allant jusqu’à 1500 km, englobant ainsi des destinations de Barcelone à Varsovie en passant par Londres. À cet égard, la répartition des rôles est claire : les trains de nuit circulent entre les grands centres urbains, tandis que les bus de nuit relient les destinations plus petites, où ils peuvent s’adapter avec souplesse aux fluctuations de la demande.
Ce scénario ouvre des perspectives intéressantes pour le tourisme en Suisse : les client-e-s internationaux pourraient se rendre directement à Zurich de nuit, puis poursuivre leur voyage vers d’autres villes et destinations de vacances suisses grâce à un réseau de transports publics bien aménagé. L’amélioration des liaisons ferroviaires internationales offrirait une alternative de voyage confortable à l’avion au sein de l’Europe et contribuerait ainsi à réduire les émissions de CO2 liées à la mobilité touristique. L’étude souligne ainsi que l’empreinte carbone des bus et trains de nuit est 10 à 20 fois inférieure à celle de l’avion.
En savoir plus sur l'étude
öffnenÉtude «Nachtsprung Zürich 2040» (saut de nuit Zurich 2040) : cette étude analyse le potentiel des voyages en trains et bus de nuit pour des distances allant jusqu’à 1500 km et montre comment la vision d’un saut de nuit réussi peut devenir réalité. En offrant une base pour de futures discussions et actions, cette publication propose des pistes de réflexion et des recommandations d’action visant à promouvoir et à ancrer le saut de nuit en tant que concept de voyage à haute durabilité. Cette étude est un projet commun du service de la protection de l’environnement et de la santé de la ville de Zurich et de Zürich Tourismus.
Ancrage des trains de nuit dans une chaîne de voyage globale
Zürich Tourismus et l’UGZ soulignent toutefois que le potentiel existant ne peut être exploité pleinement par de simples liaisons physiques. Pour inciter les voyageur-euse-s à opter pour le train de nuit, l’ensemble de la chaîne de voyage doit être parfaitement coordonnée : des possibilités de réservation simples via des plateformes intégrées, des correspondances bien coordonnées, des services de bagages ainsi que des gares (routières) équipées de vestiaires et de douches pour les voyageur-euse-s qui, à leur arrivée, doivent se rendre à un rendez-vous professionnel ou prendre immédiatement leur prochaine correspondance. Ce dernier point est désormais possible grâce à des accords passés avec des établissements d’hébergement locaux. Le voyage en train de nuit doit donc contribuer à une expérience touristique attrayante, au lieu d’être simplement un moyen d’arriver à une fin.

En savoir plus sur Thomas Wüthrich
öffnenDepuis janvier 2022, Thomas Wüthrich est directeur de Zürich Tourismus et coprésident de la Regional Tourism Alliance, membre clé de la FST. Au sein de Zürich Tourismus, il pilote le développement stratégique du tourisme urbain dans le but de positionner Zurich comme une destination premium bien desservie, offrant une excellente qualité de vie et de séjour. Il considère que le tourisme doit allier puissance économique et acceptation sociale, tout en offrant à la population une valeur ajoutée mesurable.
Le potentiel touristique se heurte à des défis concrets
Le développement de l’offre de trains de nuit se heurte actuellement à plusieurs défis, en tête desquels celui du financement : les trains de nuit internationaux entraînent des coûts d’exploitation et d’infrastructure élevés et ne peuvent pas être exploités de manière rentable sur certaines lignes. L’exploitation de trains de nuit sans aide publique est donc considérée comme très difficile. Parallèlement, la participation de la Confédération aux liaisons ferroviaires de nuit est politiquement controversée dans un contexte financier tendu. Ainsi, fin 2025, le Parlement suisse a renoncé aux dix millions de francs prévus pour 2026 afin de financer une nouvelle liaison ferroviaire de nuit vers Malmö. Les CFF ont alors annulé la liaison prévue.
Mais de nouveaux acteurs font désormais leur entrée sur le marché. Soutenue en 2020 par le Fonds des pionniers de Migros, la société zurichoise Twiliner a lancé en 2025 son offre de bus de nuit à destination de Barcelone et d’Amsterdam. Désormais, outre les points de départ supplémentaires à Bâle et à Berne, cinq autres destinations à l’étranger sont proposées. La start-up berlinoise Luna Rail travaille quant à elle sur des cabines de train de nuit peu encombrantes, qui devraient être commercialisées en 2028 et suivies en 2030 par des cabines convertibles adaptées à une utilisation 24h/24. Selon Luna Rail, les prix seront compétitifs tant par rapport aux offres de trains de nuit existantes qu’aux vols court-courriers.
Perspectives d’avenir
Pour la FST, une bonne accessibilité internationale par le rail est indispensable pour la Suisse en tant que destination touristique. C’est pourquoi l’association faîtière s’engage en faveur de conditions-cadres attrayantes pour le trafic touristique et fait valoir la perspective touristique également dans le débat sur le financement futur. Les études prospectives telles que «Nachtsprung Zürich 2040» (saut de nuit Zurich 2040) apportent une contribution précieuse à cet égard, car elles mettent en évidence le potentiel que recèlent les nouveaux concepts de mobilité pour le tourisme. Elles témoignent ainsi de la volonté d’innovation et de développement d’un secteur touristique qui doit de plus en plus concilier mobilité et durabilité.
Cette étude ne marque pas la fin d’un processus d’évaluation, comme le souligne Thomas Wüthrich, mais constitue le point de départ de mesures complémentaires : « Avec le 'Nachtsprung Zürich 2040', nous ouvrons une perspective possible et créons une base de réflexion commune sur des solutions concrètes. La prochaine étape consiste donc à poursuivre sans relâche ce dialogue avec les responsables politiques, l’administration, les prestataires de mobilité et d’autres acteurs déterminants, et à renforcer la prise de conscience de la nécessité d’agir. » La mise en place d’un réseau européen de trains de nuit continuera donc à mobiliser les décideur-euse-s pendant un certain temps encore. Selon l’étude, leurs efforts pourraient toutefois être récompensés dans un avenir pas si lointain par des retombées positives venues d’outre-mer.
Cet article a été rédigé dans le cadre d’une série de contenus destinés à la newsletter «Politique touristique» sur le thème du trafic touristique.
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