10 questions au directeur de la FST Philipp Niederberger

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Depuis un peu plus d'un an, Philipp Niederberger est directeur de la Fédération suisse du tourisme. Quel regard porte-t-il sur ses débuts? De quoi s’est-il occupé durant cette première année? Quels sont, selon lui, les défis actuels du tourisme suisse? Et sur quelles priorités stratégiques souhaite-t-il mettre l'accent? Le Haut-Valaisan de 32 ans répond à ces questions dans l'interview qui suit.

Une année à la FST. Qu'est-ce qui ressort particulièrement lorsque tu fais le bilan de ton mandat de directeur encore tout récent?
L'année dernière, nous avons pu intervenir très rapidement et efficacement auprès de l'administration fédérale sur différents points liés à la pandémie de COVID-19 et faire valoir les préoccupations de notre secteur. Je pense notamment à l'introduction rapide d'un certificat COVID pour nos clients des pays tiers en octobre 2021 ou à la levée des dernières barrières à l'entrée en avril de cette année. D'une manière générale, nous avons pu démontrer encore davantage à la population l'importance économique centrale du secteur du tourisme. Lors de trois votations populaires - deux fois sur la loi COVID, une fois sur le référendum Frontex - nous avons en outre apporté une contribution importante à la réussite des campagnes en tant que comité du tourisme et en liaison avec nos partenaires. Par ailleurs, nous avons déjà pu poser la première pierre de notre Centre de compétence pour la durabilité (KONA) et sommes déjà actifs sur le plan opérationnel avec le programme de développement durable Swisstainable et le dialogue suisse sur les ODD. Cela nécessite encore un important travail de coordination avec nos partenaires, mais nous sommes sur la bonne voie.

Y a-t-il quelque chose que tu ferais différemment, avec le recul?
En général, on est souvent plus intelligent après coup. Ce qui est important pour moi, c'est qu’avec nos partenaires et notre équipe, nous tirions pour l’avenir les bonnes conclusions des expériences passées. En ce qui concerne la défense des intérêts de notre secteur, j'aurais certainement pu anticiper plus tôt certains développements liés à la pandémie de COVID-19 et réagir ainsi plus rapidement.

Le tourisme suisse a connu des temps difficiles, mais il est actuellement sur la voie de la reprise. Penses-tu que le creux de la vague est franchi?
Il est en tout cas très réjouissant de constater que les chiffres du tourisme suisse se rapprochent à nouveau du niveau d'avant la crise. Cela témoigne de la qualité élevée de l'ensemble de la chaîne de création de valeur touristique et du fait que la destination Suisse reste très appréciée en Suisse et à l'étranger. Néanmoins, il ne faut pas oublier que les touristes asiatiques continuent de faire défaut, tant dans les villes que dans les régions alpines, où la part de la clientèle intercontinentale est importante. Nous devons également continuer à surveiller de près les effets de l'inflation et de la hausse des prix. Le tourisme est tributaire de nombreux facteurs externes qui doivent être surveillés de près dans le contexte actuel de volatilité du marché.

Quels sont à ton avis les plus grands défis qui attendent le tourisme suisse?
Le tourisme d'affaires individuel ne reviendra sans doute pas sous la forme que nous lui connaissions avant la crise. Dans ce segment, le télétravail et les visioconférences ont fait leurs preuves. Cela touchera précisément les villes qui devront axer davantage leurs offres sur le tourisme de loisirs. Cela implique de gros investissements dans l'infrastructure hôtelière. Mais notre secteur est également confronté à la pénurie de main-d'œuvre qualifiée. En outre, nous devons rester compétitifs dans un contexte de concurrence acharnée. Les prestataires de services touristiques doivent rester innovants pour pouvoir continuer à travailler de manière rentable. Pour un positionnement fort face à la concurrence, la réflexion sur la durabilité joue aussi un rôle central en plus de la force d'innovation.

La FST se positionne actuellement fortement en faveur de la durabilité. Quels sont les résultats qui ont déjà été obtenus? ...
Nous avons pu, d'une part, prendre un engagement commun avec nos partenaires et, d'autre part, recueillir les besoins concrets du secteur du tourisme en matière de la durabilité dans le cadre de l'avant-projet KONA. Sur la base de ces précieuses connaissances, nous avons réussi à positionner stratégiquement le KONA, à consolider la vision d'une Suisse touristiquement durable et à définir des champs d'action concrets dans le domaine de la mise en réseau, de la mise en œuvre pratique et du reporting. L'intégration du secrétariat de Swisstainable au sein du KONA a constitué une étape importante. Nous pouvons désormais utiliser notre vaste réseau et voulons ainsi acquérir le plus grand nombre possible de nouveaux participants. Par ailleurs, nous gérons déjà un premier réseau de durabilité sur LinkedIn, le Dialogue SDG dans le tourisme suisse, où nous voulons sensibiliser les différents acteurs du secteur du tourisme au thème de la durabilité.

... et quels sont les prochains objectifs?
Il s'agit maintenant d'institutionnaliser les structures du centre de compétences, de développer les projets existants comme Swisstainable et d'en lancer de nouveaux. Nous avons pour objectif de convaincre 1500 entreprises de participer à Swisstainable d'ici fin 2022, ce qui représente un gros travail de prospection. En ce qui concerne l'accessibilité, nous avons également un projet phare à présenter dans le tourisme suisse avec l'initiative OK:GO, qui apporte une contribution précieuse à la durabilité sociale dans le domaine de l'inclusion. Le secrétariat de l'initiative OK:GO devrait également être intégré au centre de compétences à l'automne 2022. Par ailleurs, nous avons comme objectif de lancer un premier projet axé sur le thème du reporting en matière de durabilité. Parallèlement à tout cela, nous poursuivons toujours la tâche de créer des synergies et d'assurer le transfert de connaissances.

La FST est également très engagée dans un projet qui te tient à cœur, le «Destination Lab». Es-tu satisfait de son déroulement?
Le Destination Lab a pour objectif de mettre en réseau différentes destinations de toute la Suisse dans le domaine du développement de produits et du conseil à la clientèle et de développer ainsi de nouveaux projets pilotes innovants. À l'heure actuelle, 36 partenaires de destination se sont déjà inscrits au Destination Lab. Nous sommes ravis de ce grand intérêt qui nous confirme que ce projet répond à un grand besoin dans le secteur. La diversité des destinations inscrites est particulièrement réjouissante - des destinations alpines, rurales et urbaines de toutes tailles et de toutes les régions linguistiques de Suisse sont représentées. Nous nous réjouissons bien sûr d'accueillir de nouveaux partenaires de destination. Le projet débutera à l'automne 2022.

Quel potentiel vois-tu pour la FST dans l'avenir immédiat et quelles priorités voudrais-tu fixer?
En tant qu'employeur et que moteur économique important, le tourisme suisse a besoin d'une association faîtière qui représente les intérêts de toute la chaîne de création de valeur touristique. Nous voulons assumer davantage ce rôle, le porter visiblement vers l'extérieur et élaborer avec nos partenaires un tourisme tourné vers l'avenir. De plus, nous voulons faire de la Suisse une destination touristique durable et, dans ce contexte, apporter une contribution précieuse à la réalisation de cet objectif grâce au KONA. Dans le domaine de l'innovation, nous voulons donner au secteur les moyens d'agir et l'aider à travailler ensemble pour trouver des solutions aux défis à venir.

Et où vois-tu la FST dans trois à cinq ans?
La FST se sera établie comme plaque tournante centrale pour les questions touristiques et politiques dans le secteur et apportera un soutien précieux dans les domaines de la durabilité, de l'innovation et de la qualité. Le Centre de compétences pour la durabilité sera consolidé et se développera constamment.

Une question personnelle pour finir: où passeras-tu tes vacances d'été en 2022?
Pour cet été, j'ai prévu, outre un long séjour dans les montagnes valaisannes, quelques séjours plus courts dans toute la Suisse. Je m'en réjouis particulièrement, car la Suisse a beaucoup à offrir dans sa diversité unique. Fin juin, je me rendrai également en Slovénie, où je découvrirai la vallée de la Soča à pied et où je passerai pour finir quelques jours à Ljubljana.