Interview avec Nicolo Paganini

Nicolo Paganini Artikelbild

Le 27 mars 2020, le Conseiller national Nicolo Paganini a été élu par vote en ligne pour succéder à Dominique de Buman en tant que nouveau Président de la FST et a immédiatement débuté sa présidence par une année turbulente. Dans cette interview, il revient sur son année inaugurale, placée sous le signe du coronavirus, et s’aventure à jeter un regard sur l'avenir.

M. Paganini, vous avez été élu à votre nouveau poste il y a un an. Quelle est votre évaluation globale de ces derniers mois?

Le constat général est, bien sûr, qu'il n'y a pas vraiment eu un seul moment de réelle normalité. Les conséquences de la pandémie ont clairement dominé ma première année de présidence. Il est dommage qu'en raison des nombreuses restrictions liées au télétravail, etc., il n'ait pas été possible de développer le réseau touristique par des rencontres personnelles. C’est également vrai pour le contact avec le personnel motivé de notre secrétariat de Berne.

L'année écoulée a été dominée par la pandémie de coronavirus. Au niveau politique, du point de vue de la FST, les principales thématiques portaient sur des demandes de soutien économique et d'assouplissements adaptés à la situation. Le tourisme a-t-il pu faire entendre sa voix?

Nous avons été entendus dans la mesure où le Conseil fédéral s’est penché sur nos difficultés. Plusieurs milliards de francs ont également été accordés au titre des cas de rigueur. En revanche, nous n'avons pas été en mesure d'influer sur les restrictions des activités commerciales ou les assouplissements nécessaires comme nous l'aurions souhaité. Il est certainement positif que de larges pans de la population comprennent désormais mieux le fonctionnement du secteur du tourisme, son rôle dans les chaînes de valeur et son importance économique.

Rétrospectivement, regrettez-vous une décision que vous ayez prise ou une revendication que vous ayez faite en rapport avec la pandémie?

Au fond, je peux répondre à cette question par la négative. Quand je vois que nos pays voisins dont les régimes de confinement sont plus stricts ne s'en sortent pas mieux que nous, je me dis que nos demandes étaient toujours justifiées. Après tout, nous n'avons jamais réclamé de «tout ouvrir sans aucune protection». Ce qui était important pour l'hiver, c'est que les téléphériques puissent fonctionner presque sans interruption. Cela a aidé de nombreuses entreprises hôtelières dans les destinations alpines. Et toutes nos demandes d'aide financière pour les entreprises particulièrement touchées étaient également largement justifiées.

Actuellement, nous nous trouvons à nouveau dans une situation incertaine. Une nouvelle augmentation du nombre de cas s’oppose à la demande d'une ouverture progressive. Si vous étiez membre du Conseil fédéral, quelle décision prendriez-vous dans cette situation?

Le Conseil fédéral a une mission très difficile à remplir. Je n'ai pas la prétention de jouer un rôle de «conseiller fédéral en puissance». Il est tout simplement dommage que nous ne soyons pas là où nous devrions être en termes de stratégie de dépistage, de recherche des cas contacts et de campagne de vaccination. Si c'était le cas, il y aurait plus de possibilités d’assouplissements.

Pour l'heure, la question est de savoir comment le tourisme va pouvoir retrouver son élan à court et à long terme. La vaccination générale et les éventuels privilèges accordés aux personnes vaccinées sont au centre des discussions. Quelle est votre position sur cette question?

Je pense qu’il est erroné de parler de privilèges. Il s'agit que les personnes qui ne présentent pas de risque de contamination récupèrent leurs droits fondamentaux garantis par la Constitution. On ignore encore clairement si cela s'applique à celles qui ont été vaccinées. L'objectif serait de retrouver ses droits fondamentaux dans le cas d'une «preuve d'absence de COVID-19», qui peut être apportée, pendant une courte période, par un test négatif en plus de la vaccination.

Quelles mesures la FST met-elle en œuvre pour stimuler le tourisme «post-coronavirus»?

Je suis surtout préoccupé par la capacité d'investissement du secteur. Les réserves sont épuisées dans de nombreux endroits et les prêts COVID-19 vont devoir être remboursés. Cela laisse peu de moyens pour les investissements dans l’avenir. Et si vous ne pouvez pas investir, vous perdez rapidement votre viabilité économique. Nous sommes en dialogue avec le gouvernement fédéral sur la façon dont nous pourrions procéder de manière ciblée dans ce domaine.

Quittons la pandémie: quels sont les sujets et les projets qui vous ont le plus occupé ces derniers mois en tant que président de la FST?

La fédération s’est dotée de nouvelles structures à l'automne 2019. Dans la pratique, nous avons dû développer une compréhension commune du «travail en réseau» envisagé. Les projets importants sont le thème de la «durabilité dans le tourisme» et l’élaboration d'un schéma stratégique pour le tourisme suisse. Et ces dernières semaines, je me suis bien sûr occupé de recruter un successeur à notre directrice de la FST.

Quel rôle la FST devrait-elle jouer à l'avenir dans le tourisme suisse?

La FST doit continuer à être le «bras politique» de l'ensemble du secteur du tourisme. Nous devons aborder les sujets qui sont pertinents pour tout le secteur. Outre les questions politiques courantes, le thème de la «durabilité dans le tourisme suisse» est un champ d'activité prédestiné pour la FST en tant qu'organisation faîtière.

Parlons vrai: auriez-vous accepté la fonction de président de la FST si vous aviez su comment se déroulerait l'année 2020?

Je n'accorde pas beaucoup d'importance à ce genre de réflexions. Je ne suis pas le seul à avoir accepté l'année dernière un travail qui s'est soudainement révélé complètement différent de ce que j'avais prévu. Et la possibilité d’apporter ma contribution à ce secteur fascinant de l'économie m’offre un merveilleux défi, malgré le coronavirus - ou peut-être grâce à lui.

Quel est votre souhait pour votre deuxième année de mandat à la Fédération suisse du tourisme?

Mon souhait le plus cher est évident: que toutes nos entreprises, y compris l'hôtellerie urbaine particulièrement touchée, puissent enfin travailler à nouveau normalement et séduire leurs clients. Et pour le travail de l'association, je souhaite un bon départ à la nouvelle directrice ou au nouveau directeur de la FST.